Le préventeur: le garant de la sécurité et de l'amélioration des conditions de travail

Infoprotection Infoprotection - il y a 4 mois

Pluridisciplinaire de formation, le responsable Hygiène, sécurité, environnement (HSE) ne se focalise plus sur les seuls risques techniques. Il a aussi pour mission de sensibiliser les salariés à la culture sécurité et de les impliquer de sorte à réduire les causes d'accident et améliorer les conditions de travail.

15 ans après l'instauration du document unique d'évaluation des risques dans les entreprises, les responsables HSE (hygiène, sécurité, environnement) ou préventeur, voient leur domaine de compétences s'élargir. « Il y a une quinzaine d'années, le préventeur était plutôt un technicien qui abordait la prévention sous un angle purement technique puis réglementaire », explique Vincent Giraudeaux, président de la Fédération des acteurs de la prévention. Aujourd'hui, il doit agir et réfléchir en amont pour prévenir les accidents du travail mais aussi améliorer la qualité de vie au travail des salariés. De fait, il a un un rôle de manager transversal. « Il doit comprendre les métiers et les difficultés rencontrées par les salariés, animer des équipes d'experts et impliquer toute la chaîne hiérarchique », reprend Vincent Giraudeaux.

Impliquer l'ensemble de la chaîne hiérarchique
De même, le préventeur doit savoir observer, écouter, s'exprimer et passer des messages. L'enjeu étant d'impliquer l'ensemble de la chaîne hiérarchique et les salariés de sorte que ces derniers prennent eux-même en charge leur sécurité et améliorent leurs conditions de travail. La situation l'exige. En effet, si la plupart des secteurs enregistrent depuis 20 ans une diminution des accidents du travail, soit -3,7 % dans l'industrie, -2,6 % dans la chimie ou encore -2,5 % dans le BTP, on assiste à un plafonnement. Les accidents du travail sont légèrement repartis à la hausse en 2015 avec environ 625.000 accidents du travail (AT) contre 621.000 en 2014. Ce qui montre que les entreprises doivent maintenir leur politique de prévention et la faire évoluer.

Désormais, place à l'organisation et au facteur humain
Dans la plupart des entreprises, l'essentiel des efforts a porté sur des aspects techniques et non sur l'organisation ou le facteur humain. D'où l'impérieuse nécessité pour les préventeurs de construire avec les salariés une culture de la prévention de sorte à les sensibiliser sur les comportements à risque, les responsabiliser et les impliquer. La prise en compte du facteur humain n'est pas nouvelle. Les chercheurs y travaillent depuis plus de 50 ans mais cela ne fait qu'une dizaine d'années que les entreprises industrielles le considèrent. « Depuis 5 ans, les notions de culture de sécurité et de facteur humain se démocratisent, constate Elian Blanchon, responsable du domaine santé et sécurité de l'homme pour Apave, un groupe de 10.000 personnes spécialisé dans la maîtrise des risques. De plus en plus d'entreprises en quête de performance globale s'intéressent à ces sujets. » En effet, elles constatent que pour atteindre leurs objectifs, elles doivent veiller à la sécurité et au bien-être de leurs collaborateurs.

Le plafonnement des résultats d'accidents du travail oblige à changer de stratégie
« Pour faire face à cette évolution, les responsables de la prévention doivent être aguerris sur les sujets de la pénibilité, les risques psychosociaux, la qualité de vie au travail », souligne Elian Blanchon d'Apave. « Au-delà de son expertise sécurité, le responsable HSE doit, en lien avec les RH et les managers, être le facilitateur et l'animateur de la culture sécurité de sorte à la diffuser à l'ensemble des parties prenantes de l'entreprise », explique cet ingénieur en santé et sécurité qui travaille sur les problématiques de facteur humain avec des sociologues, psychologues et experts en ressource humaines. « A la demande de nos clients, nous réalisons notamment des diagnostics pour évaluer le niveau d'organisation et de culture sécurité de l'entreprise. Selon les besoins, cette étude passe par des questionnaires, visites de terrain, interview de personnes, des groupes de travail collectif, etc.», poursuit Elian Blanchon.

Alignement stratégique et répercussions en cascade
Lorsque les résultats sont recueillis, le préventeur organise un séminaire pour les partager et définir avec le comité de direction les objectifs incontournables en matière de sécurité au travail ainsi que les points d'amélioration. « Après avoir pris ces engagements, il faut les répercuter en cascade sur le management opérationnel et les opérateurs de terrain », détaille Elian Blanchon. Ce dernier détecte d'ailleurs un nouveau besoin de la part des entreprises qui sont demandeuses d'outils et de méthodes pour aider leurs dirigeants et managers à incarner le leadership en terme de santé/sécurité. Signe que ce sujet est bien en marche dans les entreprises au même titre que l'a été hier la productivité. Apave y travaille avec de grands industriels.

Se former pour devenir préventeur en entreprise ou collectivité territoriale
Plusieurs voies existent pour se former au métier de préventeur. Parmi lesquelles, celles du Diplôme universitaire de technologie. Ce cursus abordable avec un Bac (de préférence BAC S) vise à former des techniciens appelés à exercer dans les domaines de la sécurité des personnes au travail et à la protection de l'environnement. « Il s'agit de généralistes qui devront s'adapter ensuite aux besoins des entreprises », indique Patrick Lagonotte, professeur et chef de département HSE de Niort, à l'IUT de Poitiers - Université de Poitiers. Le contenu de la formation vise durant deux ans à faire acquérir aux étudiants des connaissances à la fois techniques, scientifiques et humaines. La formation comprend notamment des cours de droit et de physiologie. Grâce à cette approche pluridisciplinaire, les techniciens sont formés à la maîtrise des risques relatifs à l'incendie ou à la pollution chimique. Ils apprennent également à identifier les risques liés au poste de travail. Dès lors, ils devront proposer des solutions aux décideurs et participer à la mise en œuvre des solutions retenues. Un autre pan du cursus vise à former le technicien pour qu'il soit capable de conseiller, animer, sensibiliser, convaincre et former le personnel à la culture du risque. Après avoir décroché leur diplôme, les étudiants peuvent entrer dans la vie active ou poursuivre leurs études. « C'est le cas de 80% des diplômés », rapporte Patrick Lagonotte. Ainsi le DUT peut-il déboucher sur une licence professionnelle comme « la sécurité des biens et des personnes » ou bien une licence 3 dans le cadre d'un parcours LMD (licence, master doctorat) ou enfin sur une école d'ingénieurs.

Approche intégrée de l'ergonomie pour améliorer les conditions de travail
Chez Arkema, premier groupe français de chimie avec 20.000 personnes répartis dans 130 usines dans le monde, la sécurité des hommes et des installations constitue une priorité et un axe majeur de sa responsabilité sociétale d'entreprise (RSE). « En liaison avec la division sécurité environnement qui s'occupe des installations et du facteur humain, la direction RH est montée en compétence sur les sujets d’ergonomie », explique Raphaële Grivel, responsable des accords de prévention de la pénibilité au travail au sein d'Arkema. Le premier accord signé en 2012 avec la CGT s’est attaché à prendre en compte les conditions de travail à partir d’une approche ergonomique fondée sur la cartographie des risques de chaque site. Un second accord a été ratifié l'an dernier avec la CGT, la CFDT et la CFE-CGC. Dans le cadre de ces négociations, plusieurs projets ont été initiés pour améliorer les conditions de travail et prévenir ainsi les TMS (Troubles musculo-squelettiques). La direction RH s'intéresse à ce sujet. « La prépondérance des salariés de plus de 40 dans nos effectif pose notamment des problématiques de maintien dans l'emploi », explique Raphaële Grivel, également en charge du développement des ressources humaines et du social.

Co-construire les solutions avec les salariés
En matière d'ergonomie, Arkema a choisi de développer des compétences en interne. « Des référents en ergonomie ont été formés de sorte à intégrer cette approche dans leur activité », explique la responsable RH. Cette stratégie permet, entre autres, de concevoir des lieux de travail mieux adaptés aux conditions opératoires. En témoigne l'ouverture à Honfleur d'un nouvel atelier de fabrication de tamis moléculaires. Particularité, son design a été co-construit avec les salariés du site. Grâce à une maquette 3D couplée à un outil d'immersion en réalité virtuelle, ils ont pu circuler dans l'atelier virtuel et en améliorer l'ergonomie. A titre d'exemple, ils ont pu détecter le mauvais positionnement d'une vanne placée trop haut ou d'une échelle installée dans les couloirs de circulation. De quoi améliorer les conditions de travail sans pour autant retarder l'ouverture du site dont la construction a même été raccourcie de six mois.

Eliane Kan

Légende photo : Nettoyage d'une cuve
Crédit photo : © INRS

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