Investir dans le capital humain

- il y a 12 jours

La formation professionnelle représente un pilier du développement économique et la première protection contre le chômage. La réforme portée par la loi du 5 septembre 2018 vise à gagner en simplicité et efficacité pour répondre aux besoins croissants de compétences.

Comment renforcer l’employabilité des actifs, répondre aux attentes des entreprises, notamment sur les métiers en tension, et améliorer leur compétitivité tout en retrouvant une croissance durable pour la France ? La formation professionnelle, si elle n’a pas les pouvoirs d’une baguette magique, fait partie intégrante des solutions. Selon une étude commanditée par la Fédération de la formation professionnelle (FFP) au cabinet Roland Berger1, une hausse de 1% de la population formée augmenterait le produit intérieur brut (PIB) de 0,33%. Or, une étude de la BPI France2 signale que 57% des TPE-PME françaises déclarent manquer de talents pour croître, et cela sur tous les niveaux de qualification et tous les postes de qualification. La France a même été classée par le Forum économique mondial 34e sur 140 pays en matière de développement des compétences.

Alors, comment fait-on ?
Pour rattraper ce retard et « gagner la bataille des compétences », le Gouvernement a lancé une réforme de la formation. La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel vise à transformer en profondeur le paysage de la formation professionnelle en France pour qu’il gagne en agilité et en efficacité. Elle axe son action sur la responsabilisation des actifs, l’accompagnement des personnes les plus éloignées de l’emploi, l’innovation pédagogique et l’alternance. Pensée pour accélérer et faciliter de façon effective l’accès à la formation, elle met en place une gouvernance simplifiée, un nouveau système de financement de l’apprentissage ainsi qu’un nouveau processus d’enregistrement des certifications professionnelles, plaçant l’individu au cœur du système avec l’ouverture de l’application Mon Compte Formation. « La promesse de l’application est de simplifier considérablement l’usage et le recours au CPF », souligne Loïc Cordon, responsable du Département Ingénierie & Innovations Pédagogiques (D2ip) d’Apave. Le ministère du Travail a annoncé en décembre dernier, soit un mois après le lancement de l’appli, 600 000 téléchargements et 32 000 formations validées.

Simplifier pour plus d’agilité
Avec la réforme, France Compétences devient l’unique instance nationale de gouvernance et de financement de la formation professionnelle et de l’apprentissage. France Compétences a notamment pour missions de répartir les fonds, d’organiser et financer le conseil en évolution professionnelle (CEP) des actifs occupés ou de réguler le système de certifications professionnelles via le Répertoire national de la certification professionnelle (RNCP, pour les certificats métiers) et le Répertoire spécifique pour les habilitations et les fonctions complémentaires à un métier. Les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) sont remplacés par 11 opérateurs de compétences (OPCO) agréés pour accompagner 1 734 700 entreprises dans 329 branches (21 341 000 salariés). Le CPF est monétisé. Un point fait toutefois débat : si les entreprises entre 50 et 300 salariés continuent à verser leur contribution formation aux OPCO, puis à l’URSSAF qui reprend la main à partir de 2021, les fonds sont désormais fléchés uniquement vers celles de moins de 50 salariés pour le financement de la formation continue. Les entreprises cherchent donc à optimiser les coûts avec, par exemple, des formations en présentiel plus courtes pour limiter les frais annexes (déplacements, hébergement, etc.) et plus intenses pour en renforcer l’efficacité. 

Des opportunités à saisir
Cela contraint les organismes de formation à plus d’inventivité pour proposer des formations plus flexibles, plus accessibles, personnalisées, avec des formats différents : Mooc, serious games, classes virtuelles, formations en situation de travail, blended learning, formation immersive (réalité virtuelle…). « L’innovation dans la formation fait partie des premières attentes de nos clients », confirme Loïc Cordon. « C’est un facteur différenciant et c’est d’ailleurs aussi l’un des enjeux majeurs de la refonte du top 100 de nos produits et de l’acquisition de WeUp Learning ou de Blue2Bgreen », souligne Thibault Gousset, directeur d’Apave Formation. La nécessité de se former va aller croissant dans les années à venir. Selon une étude de l’OCDE3, « au cours des quinze à vingt prochaines années, 14% des emplois actuels pourraient disparaître, sous l’effet de l’automatisation, et 32% supplémentaires pourraient être profondément transformés ». Automatisation, robotisation, transformation digitale, intelligence artificielle… Toutes ces évolutions transforment donc en profondeur les métiers et en font apparaître de nouveaux, autant d’opportunités à saisir en continuant à se former tout au long de la vie.
1. Formation professionnelle, faire décoller l’investissement dans les compétences, FFP/Cabinet Roland Berger, octobre 2017 
2. Étude Attirer les talents dans les PME, BPI France, juin 2018
3. L’avenir du travail, perspectives de l’emploi, OCDE, 2019

 

FOCUS 
Les grandes tendances
Le digital learning sous toutes ses formes a le vent en poupe. « On va retrouver plusieurs modalités, comme la réalité virtuelle, la gamification des contenus de formation, les social learning, blended learning et adaptative learning », détaille Loïc Cordon, responsable du Département Ingénierie & Innovations Pédagogiques (D2ip) d’Apave. Les formations en langue restent toujours très demandées d’une manière générale, suivies par les formations en sécurité-prévention. Ces dernières « constituent le socle du plan de développement des compétences des entreprises », souligne Thibault Gousset, responsable d’Apave Formation. Selon la dernière étude de la Dares*, les formations sont par ailleurs de plus en plus courtes. En 2018, 78,5 % des formations ont duré moins de 100 heures.
* Le compte personnel de formation en 2018, Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du Travail

 

GLOSSAIRE
Digital learning 
Apprentissage numérique en français. Il englobe différentes interactions qui peuvent se combiner entre elles. Le digital learning englobe l’e-learning. 

Blended learning 
Aussi appelé mix learning ou formation mixte en français. Il associe dans un même parcours, des modalités en présentiel et en distanciel.

Mooc 
Massive Open Online Course, formation en ligne ouverte à tous ou dédiée à une communauté apprenante spécifique (on parle alors plutôt de Spoc pour Small Private Online Course). La spécificité du Mooc est de permettre un apprentissage social et de proposer des modalités variées.

Serious game 
Jeu sérieux en français. Cet outil utilise les ressorts des jeux vidéo (technologies, scénarisation, plaisir du jeu) avec une visée pédagogique.

Social learning 
Apprentissage social en français. Cette expérience d’apprentissage s’appuie sur la connexion aux autres, dans la vie réelle ou via les réseaux sociaux, les forums, etc.

Adaptative learning  
Apprentissage adaptatif en français. Il consiste à personnaliser la formation en fonction de l’apprenant. Cet apprentissage sur mesure combine les sciences cognitives, le Big Data et l’intelligence artificielle (IA). 

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